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Futures sur bitcoin : vers une professionnalisation du marché ?



Zahreddine Touag (Paris Dauphine, ex-Natixis, BBVA, SGCIB), Karim Sabba (ESCP Europe, ex-Natixis, Amundi, Oddo & Cie) et Charlie Meraud (Paris Dauphine, ex-Rocket Internet, Blackfin Capital Partners, Natixis) sont investisseurs en crypto-monnaies pour compte propre et co-fondateurs de l’Association française pour la gestion des cybermonnaies (AFGC). Dans une tribune pour mind Fintech, ils se penchent sur la récente annonce du CME de contrats futures sur bitcoin.

“If you can’t beat them, join them !” L’adage commence à se réaliser pour les crypto-monnaies. Le déni des institutions financières pour cette classe d’actifs naissante arrive à sa fin. Avec une performance de près de 640% en 2017 et une valorisation totale qui frôle les 120 milliards de dollars, le bitcoin commence à entrer dans les portefeuilles d’investisseurs institutionnels.

Un des grands marqueurs de cette prise de conscience est l’annonce par le Chicago Mercantile Exchange (CME) du lancement de contrats futures sur bitcoin prévu pour décembre 2017. Cette annonce suit le lancement de deux autres projets similaires : le projet de futures bitcoin du Chicago Board Options Exchange (CBOE) et le lancement d’options et de swaps sur bitcoin par LedgerX, une startup new-yorkaise régulée par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC).

Est-ce le signal que le marché progresse vers une professionnalisation du bitcoin ?

Pour rappel, un contrat future est un engagement ferme entre deux parties souhaitant s’échanger un sous-jacent à une date future et à un prix fixé à l’avance. Le premier marché de futures fut mis en place au 19ème siècle pour les agriculteurs souhaitant vendre leurs stocks avant de les livrer. Ces contrats sont rapidement devenus des outils de couverture mais aussi de spéculation qui concernent aujourd’hui tout type d’actifs financiers liquides.

L’annonce du lancement de contrats futures sur le bitcoin par le CME répond à une demande croissante d’investisseurs professionnels souhaitant avoir une exposition à cet actif digital à travers un produit transparent et répondant aux standards de l’industrie financière.

Le contrat à terme sera souscrit et dénoué en dollars selon un taux de référence publié par le CME appelé Bitcoin Reference Rate (BRR). Face à la volatilité du sous-jacent, pouvant parfois dépasser 20% sur une journée, le CME a mis en place des limites. A 7% et 13% de variation, le trading sera interrompu pendant deux minutes, tandis qu’une variation de plus de 20% interrompra le trading pour la journée.

On a déjà assisté à la professionnalisation de l’investisseur type en bitcoin avec l’arrivée de fonds de capital-risque de premier plan (Union Square Ventures, Sequoia, Andreesen Horowitz) ou d’anciennes figures de Wall Street comme Mike Novogratz, ex-gérant chez Fortress, aujourd’hui gérant du fonds Galaxy Investment Partners qui n’investit que dans l’écosystème blockchain et crypto-monnaies.

Cette tendance devrait se confirmer. Le lancement de contrats futures devrait ouvrir la porte à d’autres produits financiers tels que les ETFs et à l’arrivée de gestionnaire d’actifs et de banques. Goldman Sachs a notamment exprimé son intérêt d’ouvrir un desk de trading bitcoin pour ses clients.

Il sera alors possible pour ces institutions d’avoir une exposition au bitcoin dans un cadre régulé, avec un risque de contrepartie réduit grâce aux appels de marge et un risque de portage nul. Toutefois, un décalage existe encore entre la réglementation du contrat future et celle appliquée aux plateformes de trading utilisées pour calculer le Bitcoin Reference Rate. En conséquence, les investisseurs exposés à ce contrat ne seront pas complètement protégés des pratiques questionnables qui peuvent avoir lieu sur ces plateformes.

En conclusion, cette annonce semble être un bon signe pour les investisseurs qui voudraient investir et/ou se couvrir sur le prix du bitcoin et devrait aider à promouvoir de bonnes pratiques dans l’ensemble de l’écosystème. Les épisodes comme celui du week-end du 10 novembre avec de forts mouvements et des soupçons de manipulation de prix se feront, nous l’espérons, de plus en plus rares avec l’arrivée d’investisseurs professionnels.

La question de la scalabilité du protocole reste un des derniers freins au développement massif du bitcoin mais de nombreux projets proposés par l’écosystème, tel que le Lightning Network, nous confortent dans l’idée que nous sommes encore au début d’une révolution certaine.