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L’assurance paramétrique, une nouvelle approche du risque via la donnée

Le modèle de l'assurance paramétrique, qui consiste à indemniser un sinistre en fonction de la réalisation de conditions prédéterminées, connaît un engouement croissant sur le marché. Quelles sont ses avantages mais aussi ses contraintes ? Qui sont les acteurs en pointe sur le sujet ? mind Fintech réunit dans cet Essentiel tous les éléments nécessaires pour comprendre cette nouvelle approche du risque où l'exploitation de la donnée joue un rôle déterminant.
Par Antoine Duroyon. Publié le 27 octobre 2021 à 17h06 - Mis à jour le 27 octobre 2021 à 17h06
Synthèse

Le contexte

Dans un monde traversé par les crises et marqué par la remise en cause des modèles établis, la confiance revêt plus que jamais une importance capitale dans le secteur de l’assurance. Si cette valeur se bâtit avant tout sur le long terme, la technologie peut-elle apporter une solution qui s’affranchit de la complexité des relations entre un assureur et ses assurés ? 

C’est la promesse de l’assurance paramétrique (ou indicielle), dont les produits “ne couvrent pas la perte réelle du sinistre, mais versent plutôt un montant prédéfini basé sur un déclencheur retenu comme le proxy d’une perte réelle”, selon la définition de Willis Towers Watson. Objectif : (ré)aligner les intérêts de l’assuré avec ceux de l’assureur, en rupture avec le modèle traditionnel d’indemnisation.

Un modèle souvent source d’insatisfaction et de défiance dans la mesure où l’assuré victime d’un sinistre est tenté de gonfler ses pertes, tandis que l’assureur s’efforce de tirer vers le bas le coût de gestion des sinistres. À ces intérêts contraires, l’assurance paramétrique veut répondre par la modularité de la chaîne de valeur de l’assurance, une personnalisation de masse, une fragmentation de l’offre d’assurance et une simplification des processus. 

La croissance du volume de données exploitables issues de capteurs avancés, d’objets connectés ou de fournisseurs spécialisés, favorise le développement de l’assurance paramétrique, notamment pour les risques climatiques et agricoles, mais aussi le cyber, les fuites de données ou les dommages réputationnels. Les entreprises et les professionnels représentent une cible prioritaire. La solution d’assurance paramétrique est personnalisée en fonction des besoins et du budget du client et vient dédommager un impact négatif sur les revenus ou les coûts. 

Par exemple, pour une garantie gel, un viticulteur percevra une indemnité déterminée à l’avance dans l’éventualité où la température, mesurée par une station météo ou un satellite météorologique, descend sous un seuil prédéfini sur une période de temps donnée, explique Ankush Bhardwaj, responsable d’AXA Climate en Asie. Le montant perçu reflétera la baisse de revenus (production moins importante) ou la hausse des coûts (achat de chaufferettes). Le seuil peut être binaire ou échelonné.

De nombreux acteurs se sont lancés sur ce créneau : FloodFlash ou Neptune Flood (risque d’inondation), Blink (risque de retard ou d’annulation de vol), Hailios (risque de grêle), Parsyl ou Otonomi (assurance de marchandises), Wetterheld (risques agricoles et climatiques), Exante (risque cyclonique), Understory (risques climatiques), Arbol (multi-risque) ou encore Descartes Underwriting ou Concirrus (risques climatiques pour les entreprises). Ces start-up insurtech, qui collaborent avec des courtiers et des porteurs de risques, ciblent en priorité des risques spécifiques sur des marchés matures et connectés. Les acteurs historiques, qu’ils soient assureurs ou réassureurs, ont également développé des offres, à l’image d’AXA Climate, Allianz Global Corporate & Specialty, Swiss Re… Sompo Global Risk Solutions a lancé en 2021 un produit d’assurance paramétrique sur les risques épidémiques et pandémiques. Les garanties seront déclenchées par des restrictions publiques résultant d’urgences sanitaires déclarées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les enjeux

L’assurance paramétrique vise à répondre à plusieurs enjeux clés en termes de process opérationnels, de gestion du risque et d’expérience client.

Étendre la couverture des risques

Comme le souligne Sybille Fischer, manager strategic venturing & start-up scouting à la Baloise, l’assurance paramétrique “contribue à développer des produits d’assurance embarquée et des micro-offres dans des domaines où la couverture individuelle traditionnelle est extrêmement limitée ou inexistante. Elle supprime aussi la question de la tarification du risque basée sur les actifs client, qui fait que lorsque les produits sont trop coûteux, personne ne les achète”.

L’assurance peut ainsi, notamment sur les marchés émergents, aider à combler ce fameux “protection gap”. En novembre 2020, la start-up Etherisc a dévoilé une solution d’assurance paramétrique “blockchainisée”, accessible depuis un mobile et indexée sur des données météorologiques au bénéfice d’agriculteurs au Kenya. Près d’un an plus tard, plus de 17 000 fermiers avaient souscrit une formule de protection contre les dommages aux récoltes. En Afrique sub-saharienne, 3 % des fermiers seulement recourent à une couverture assurantielle pour leurs récoltes ou cheptels.

Accélération de l’indemnisation

En automatisant la matérialisation d’un risque couvert prédéfini, l’assurance paramétrique permet d’indemniser beaucoup plus rapidement un assuré. Le délai peut désormais se compter, non plus en semaines, en mois ou en années, mais en heures ou en jours. Le paiement peut même être automatique avec la mise en œuvre de smart contrats sur une blockchain. 

Simplification des process

L’assurance paramétrique limite le recours à un expert, consommateur de ressources pour l’assureur. “En retirant l’expertise et l’inspection du sinistre présentes dans l’assurance traditionnelle, nous avons supprimé l’un – si ce n’est le seul – des plus grands facteurs d’incertitude lorsqu’il s’agit de tarifer un risque d’inondation. Si l’assureur connaît la valeur de n’importe quel sinistre avant qu’il ne se produise, il peut être beaucoup plus serein dans sa tarification”, estime Ian Bartholomew, cofondateur de FloodFlash. 

Si les déclencheurs sont correctement déterminés, ce qui n’est pas une mince affaire, le risque de base, autrement dit d’inadéquation entre la couverture offerte par le produit et le dommage réel constaté, est nettement inférieur dans le cadre d’une solution indicielle comparé à une solution indemnitaire, souligne Alain Lagesse, responsable de la gestion des risques chez LVMH. Un enjeu crucial réside bien entendu dans la qualité et la fiabilité de l’oracle, c’est-à-dire de la source de données qui va servir de juge de paix pour déterminer si un sinistre s’est produit ou non.

Les chiffres clés

Les catastrophes naturelles ont coûté 190 milliards de dollars en 2020, selon Swiss Re. Les pertes assurées ont atteint 81 milliards de dollars seulement. Le déficit de couverture, tous risques confondus, était estimé à 113 milliards de dollars en 2020.

Environ 75 % de la production agricole mondiale n’est pas assurée, alors que le risque météorologique est associé à près de 60 % de la variabilité des rendements. Dans l’agriculture, quelque 12 millions de fermiers sont assurés depuis 2018 via des programmes de protection indexés sur des données météorologiques. 

Les fournisseurs de capacités contribuent au développement de l’assurance paramétrique via les solutions de transfert de risque sur les marchés financiers. L’assurance indicielle représente aujourd’hui environ 15 % des obligations catastrophe émises sur un marché qui pèse 100 milliards de dollars.

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