TEST 15 JOURS

COVID-19 : les conséquences sur le terrain des fintech et des services financiers

Partie de Chine, la pandémie de coronavirus a touché l'Hexagone fin janvier 2020. Septième foyer de contagion du COVID-19, la France a imposé un confinement destiné à ralentir la propagation du virus. Quels sont les impacts sur les acteurs des services financiers ? Quelles sont les mesures de soutien mises en place pour les entreprises ? Comment préparer l'après-crise ? La rédaction de mind Fintech vous offre toutes les ressources nécessaires pour comprendre cette situation exceptionnelle et anticiper les mouvements à venir. 

Par Antoine Duroyon. Publié le 20 mars 2020 à 11h54 - Mis à jour le 17 mai 2021 à 8h26
Synthèse

LE CONTEXTE 

Un nouveau coronavirus nommé SARS-CoV-2 a émergé en janvier 2020 à Wuhan (Chine) avant de s’étendre au reste du monde. Le confinement décrété pour ralentir le rythme de propagation du coronavirus, une mesure inédite en France, a créé d’importants bouleversements dans la vie quotidienne des Français : mise en place du télétravail, fermeture des commerces et services non essentiels, recours au chômage partiel… L’économie française va se retrouver durablement affecté par cette crise sanitaire.

Tous les acteurs du secteur financier sont touchés : 

Les grands réseaux bancaires ont lutté sur deux fronts simultanément : l’organisation des agences et du service client à distance et la mise en place de processus pour satisfaire les demandes de prêts de trésorerie garantis par l’Etat. 

Les start-up de la fintech ont basculé en mode gestion de crise : télétravail généralisé, mise en place du chômage partiel, communication avec les clients et les investisseurs. Les segments les plus exposés concernent les modèles BtoB, notamment les services aux TPE et PME, la gestion d’actifs, etc. 

LES ENJEUX

La sauvegarde du tissu économique

– Les banques sont mobilisées pour soutenir la trésorerie des acteurs économiques les plus fragiles. L’Etat met en oeuvre un programme de 300 milliards d’euros de garanties pour des prêts aux entreprises. Comment les réseaux bancaires réalisent-ils cette mission ?
 

– Les start-up bénéficient de mesures spécifiques. Bpifrance gère notamment une enveloppe de 80 millions d’euros financée par le Programme d’investissements d’avenir (PIA) afin de financer des bridges entre deux levées de fonds.
 

– Les assureurs abondent à hauteur de 400 millions d’euros le fonds de solidarité mis en place par l’Etat pour secourir les TPE et indépendants. Leur implication est jugée insuffisante par les pouvoirs publics. L’Etat leur demande de réfléchir à un régime d’indemnisation des pandémies.
 

La santé des acteurs fintech

– Selon plusieurs VC interrogés par mind Fintech, les fintech ciblant les TPE et PME, comme les plateformes de prêts ou d’affacturage, ou de paiement pour les PME, risquent de connaître des difficultés. Les robo-advisors et autres fintech qui dégagent des revenus sur les transactions semblent aussi menacés. A contrario, les sociétés positionnées sur la sécurité financière ou la cybersécurité dans la finance pourraient tirer leur épingle du jeu.
 

Selon CB Insights, le nombre de levées de fonds baisse continuellement depuis 8 mois et les montants levés sont revenus à leur niveaux de 2017. La crise de financement guette les fintech ; les investisseurs vont redoubler de prudence dans leurs choix et se concentrer sur la rentabilité et la génération de cash-flow plutôt que sur la croissance à tout prix. La situation va se tendre pour les acteurs en phase d’amorçage.
 

Levées de fonds Fintech

– Le coronavirus pourrait faire dégonfler la bulle de valorisation des fintech. Selon des investisseurs interrogés par Rosenblatt Securities, la contraction de la valorisation des 58 licornes de la fintech pourrait approcher une moyenne de 15%. Cela représenterait une évaporation de 76 milliards de dollars sur les 510 milliards comptabilisés au moment de la dernière enquête du courtier, en octobre 2019.
 

L’évolution des usages

– La crise du COVID-19 encourage l’usage de services numériques. Le coronavirus a fait bondir l’usage des applications fintech de 72% en Europe en une semaine, selon une étude publiée par deVere Group. Reste à savoir si les banques en ligne, néobanques et courtiers numériques en assurance parviendront à faire de cette situation un levier de conversion.

– En tant qu’acteurs de la prévention, les assureurs regardent avec attention le sujet de la téléconsultation. Le gouvernement et les autorités de santé publique incitent fortement les médecins et les infirmiers à s’équiper pour prendre en charge des patients atteints de Covid-19. Selon la Caisse nationale d’assurance maladie, 486 369 téléconsultations ont été facturées à l’Assurance maladie pendant la semaine du 23 au 29 mars, contre 10 000 par semaine jusque début mars.
 

Les impacts sur la réglementation

– DSP2 et authentification forte : en accord avec l’EBA, la Banque de France devrait prendre une position faisant état du glissement des différentes échéances prévues par le plan de migration.

LES CHIFFRES CLES

Chômage partiel  

Le maintien de l’emploi dans les entreprises est favorisé par un dispositif de chômage partiel simplifié et renforcé. Selon les données de la Dares, les activités financières et d’assurance représentaient au 5 mai 1,3% des demandes d’activité partielle pour motif de coronavirus (1,24 million au total). Interrogé par mind Fintech le 25 mars, Alain Clot, président de France, a estimé que 20% des effectifs des membres de l’association professionnelle étaient en chômage partiel.

E-commerce

Selon la Fevad, “les trois semaines de mars ont été marquées par un recul global inédit des ventes de produits non alimentaires sur internet, en comparaison avec la semaine qui précède la crise. Ce n’est qu’à partir de la fin mars, une fois le choc du confinement passé, que la courbe des ventes se redresse“.  

Moyens de paiement

– L’usage des distributeurs automatiques de billets (DAB) a été divisé par deux au Royaume-Uni, selon les données de Link, premier réseau de DAB outre-Manche. En France, l’application de paiement Lydia a aussi témoigné d’un chute brutale des retraits d’espèces (-85% le 20 mars comparé au 20 février) liée aux mesures de confinement. 

– Le volume de paiements par carte bancaire est aussi en recul (-30% au 26 mars, selon le GIE CB) mais moindre lorsqu’il s’agit de paiement sans contact (-20%). Le 16 avril, sur la base de 4,5 millions de transactions effectuées par cartes bancaire analysées, Orange Bank fait état d’une baisse de 40 à 50% du volume total quotidien des opérations par cartes bancaires après l’entrée en vigueur du confinement, comparé à la même période de février. Le volume des retraits a chuté de 50 à 60%. 

– De nombreux pays européens ont relevé le plafond de paiement sans contact à 50 euros. En France, ce relèvement est progressivement mis en place depuis le 11 mai.

Plus de data ici : 10 chiffres sur les effets de la crise sanitaire et économique sur les fintech et les services financiers

LES ACTEURS À SUIVRE

Dans la banque

Dès le 15 mars, la Fédération bancaire française (FBF) a fait part de la “mobilisation totale” des banques françaises pour lutter contre les effets de la pandémie du COVID-19 sur le tissu économique, en particulier celui des commerçants, professionnels, petites et moyennes entreprises. Cette organisation professionnelle, qui regroupe 340 entreprises bancaires adhérentes, a énoncé une première série de mesures :
– mise en place de procédures accélérées d’instruction de crédit pour les situations de trésorerie tendues (dans un délai de 5 jours) ; 
– report jusqu’à six mois des remboursements de crédits pour les entreprises ;
– suppression des pénalités et des coûts additionnels de reports d’échéances et de crédits des entreprises. 

Au 28 avril, 80 milliards d’euros de prêts garantis par l’État ont été demandés par plus de 420 000 entreprises et professionnels depuis leur lancement le 25 mars.

Dans l’assurance

Après avoir présenté le 19 mars l’engagement de conserver en garantie les contrats des entreprises en difficulté en cas de retard de paiement suite à la pandémie et pendant la durée du confinement, la Fédération française de l’assurance (FFA) est revenue le 23 mars avec de nouvelles mesures qui s’appliquent collectivement au secteur : 
– une contribution de 200 millions d’euros au fonds de solidarité mis en place par les pouvoirs publics en faveur des TPE et des indépendants ; 
– le report des loyers pour les TPE et PME dont l’activité a été interrompue ; 
– la prise en charge en charge, au titre des contrats, des indemnités journalières des personnes “à risque” (dont les femmes enceintes) en arrêt de travail (dans la limite de 21 jours) selon la procédure simplifiée.

Le 15 avril, la FFA revient avec un nouveau train de mesures qui reposent cette fois sur une base volontaire : 
– un doublement de la contribution au fonds de solidarité, soit 400 millions d’euros au total (cette charge n’étant pas déductible fiscalement, cela représente une enveloppe de 600 millions d’euros) ;
– un programme d’investissements de 1,5 milliard d’euros dans les PME, ETI et le secteur de la santé.

La FFA chiffre tous ces efforts à 3,2 milliards d’euros, dont 1,7 milliard d’euros de mesures extracontractuelles. Le vice-président de la FFA, Jean-Laurent Granier, a actualisé le niveau de cette contribution à 3,8 milliards d’euros le 4 juillet.

Dans la fintech

France Fintech, l’association représentative des fintech en France, indique que la baisse générale d’activité a poussé les entrepreneurs à se concentrer sur la gestion de leur trésorerie, avec des reports de remboursements de prêts, la revue sélective des projets non essentiels, etc. Des mesures de solidarité ont aussi été prises : l’association dénombre plus de 30 initiatives lancées par des fintech, dont la gratuité de services (Vialink, Qonto, Alan, Ipaidthat…), le gel de remboursements (October, Anaxago…), des actions d’information (Libeo, WeShareBonds, Dougs…).
mind Fintech a recensé l’ensemble des initiatives sur cette page.

Plusieurs plateformes de prêt en ligne pour les entreprises ont annoncé des initiatives visant à aider leurs emprunteurs touchés par la crise du coronavirus et à faciliter l’octroi de financements aux sociétés en manque de trésorerie. En avril, les plateformes IFP ont obtenu l’autorisation de distribuer les prêts garantis par l’Etats. En revanche, ce n’est pas le cas des sociétés et plateformes d’affacturage, qui souhaitent aussi pouvoir se saisir de ce dispositif.

LES PERSONNALITÉS A SUIVRE

 – Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l’assurance – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Frédéric Oudea, président de la FBF et directeur général du groupe Société Générale – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Jacques Richier, président d’Allianz France – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Pascal Demurger, directeur général de la MAIF – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Alain Clot, président de France Fintech – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Olivier Goy, fondateur et CEO d’October – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Cyril Tramon, fondateur et président de WeShareBonds – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Bernard-Louis Roques, general partner du fonds Truffle Capital – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Cyril Chiche, cofondateur et CEO de Lydia – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

Jean-Charles Samuelian, cofondateur et CEO d’Alan – ses actualités sur mind Fintech  – son profil LinkedIn

APPROFONDIR AVEC MIND FINTECH

Les ressources sur mindfintech.fr

– La crise provoquée par la pandémie du COVID-19 bouleverse les agendas. De nombreux événements à travers le monde sont reportés ou purement annulés.
L’équipe mind Fintech recense les modifications dans l’industrie de la fintech.

– L’écosystème de la fintech (acteurs du prêt, du paiement, de la gestion de trésorerie, etc.) s’est rapidement mobilisé pour faire émerger des initiatives en réaction à la crise du COVID-19. 
L’équipe mind Fintech recense l’ensemble des opérations dont elle a connaissance.

– Au niveau de leur fédération professionnelle mais aussi à titre individuel, les acteurs de l’assurance ont annoncé des mesures et initiatives en réaction à la crise du COVID-19. 
L’équipe mind Fintech recense l’ensemble des opérations dont elle a connaissance.

Les articles sur mindfintech.fr

L’attrait des Français pour le paiement mobile se poursuit après le déconfinement (25 juin 2020)

– Indemnisation des pertes d’exploitation : un premier cas devant la justice (16 avril 2020)

Orange Bank constate une baisse de 40 à 50% des volumes quotidiens de paiements par cartes bancaires (16 avril 2020)

– Sous la pression, les assureurs renforcent leurs mesures de soutien et de solidarité (15 avril 2020)

Les données de paiement témoignent d’une activité économique au ralenti (15 avril 2020)

Les néobanques interdites de prêts garantis par l’État (14 avril 2020)

Comment les banques s’organisent pour répondre aux demandes de prêts garantis par l’Etat (14 avril 2020)

– Monnaie digitale de banque centrale : une piste pour relancer le moteur économique de la zone euro ? (14 avril 2020)

– Si le plafond du sans contact pourrait être relevé en France, le GIE CB reste prudent (9 avril 2020)

– Les acteurs de la banque sont plus exposés à l’influence du COVID-19 que ceux de l’assurance (étude SESAMm) (8 avril 2020)

COVID-19 : quel impact aura la crise sur le financement des fintech ? (8 avril 2020)

La MAIF va faire bénéficier ses sociétaires de la chute de la sinistralité automobile (2 avril 2020)

La pandémie de COVID-19, catalyseur de la téléconsultation (1er avril 2020)

Affactureurs et recouvreurs de créances, premiers témoins des difficultés des TPE-PME (1er avril 2020)

Coronavirus : les plateformes de prêts pour PME réagissent face à la crise (23 mars 2020)

– Face au COVID-19, les agences bancaires avancent en ordre dispersé (20 mars 2020)

– Face au COVID-19, le recours du paiement sans contact paraît limité en France (19 mars 2020)

Les rapports et notes d’impact

Euler Hermes : “Covid-19 : quarantined economics” 

Finch Capital : “The Future of Disruptive and Enabling Financial Technology post CV-19”

Dernière mise à jour le 12 mai 2020

Pour aller plus loin
Les Articles à lire