TEST 15 JOURS

Comprendre les crypto-actifs

Le développement des technologies blockchain favorise l'émergence d'un "Internet de la valeur". Dans cet univers en pleine expansion, les crypto-actifs trouvent des applications variées : paiement, investissement, politique monétaire... et soulèvent de nombreux enjeux, qu'ils soient juridiques, économiques ou politiques. Quels sont les chiffres clés à retenir et les acteurs à suivre ? mind Fintech vous rassembles toutes les ressources nécessaires à une bonne compréhension du sujet.
Par Antoine Duroyon. Publié le 11 mai 2021 à 16h19 - Mis à jour le 18 mai 2021 à 15h59
Synthèse

Le contexte

L’avènement des technologies blockchain, définies comme “le stockage et la transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle”, a favorisé l’émergence d’une nouvelle classe d’actifs : les crypto-actifs. Protéiforme, elle englobe des natures et fonctions extrêmement diverses : paiement, financement, investissement… 

L’Association pour le développement des actifs numériques (Adan) a tenté une classification fonctionnelle. Elle différencie les “crypto-actifs natifs”, “dont l’utilisation et la valeur découlent entièrement de leur représentation sur une blockchain” (crypto-monnaie, smart contract, droits de vote dans un système de gouvernance décentralisé, etc.) des “crypto-actifs non natifs” (ou actifs tokenisés), “dont l’utilisation et la valeur découlent d’une combinaison de leur représentation sur une blockchain et d’une représentation de la valeur qui vit en dehors d’un réseau blockchain” (comme un jeton adossé à une matière première, à un instrument financier, à un bien immobilier, etc.). 

Les crypto-actifs peuvent être fongibles – ils représentent des actifs équivalents et interchangeables, généralement dans la sphère financière – ou non-fongibles (NFTs). Ils ne sont alors ni équivalents, interchangeables ou fractionnables et “représentent des droits sur un bien physique ou numérique qui ne sont pas intrinsèquement financiers”. 

Depuis la création de Bitcoin en 2009, les crypto-actifs ont parcouru un chemin semé d’embûches, mais l’actualité récente a mis en lumière leur potentiel. Les avantages sont nombreux : efficacité opérationnelle, résilience, transparence, vitesse et coût d’exécution, portée mondiale…, et ne doivent pas éclipser des risques encore bien réels : volatilité, attaques informatiques, absence de régulation, etc.

Investisseurs institutionnels, banques de financement et d’investissement et acteurs de la fintech (PayPal notamment) ne perçoivent plus les crypto-actifs comme exotiques mais y voient un terrain d’innovations et d’expérimentations qui pourraient reconfigurer la finance de demain.  

Les enjeux

Les crypto-actifs connaissent un développement soutenu mais des enjeux économiques, politiques et juridiques se dressent sur leur chemin :

  • Dans l’univers des paiements, les projets de réseaux basés sur les technologies blockchains (comme Diem, ex-Libra) suscitent les craintes des régulateurs qui pointent des risques en matière de souveraineté monétaire, de protection des consommateurs ou encore de lutte anti-blanchiment. Ces projets font généralement appel à des stablecoins, une deuxième génération de crypto-actifs (après le Bitcoin et Ethereum) dont la particularité est de lier leur cours à celui d’un actif de référence (or, euro, dollar, panier de devises, etc.) afin de pallier la forte volatilité des crypto-actifs historiques. La Banque de France rappelle régulièrement que les crypto-monnaies “n’ont pas de statut juridique clair et ne sont pas reconnues comme des instruments financiers”. 

Où en est le projet Diem ?

Le white paper de Libra, projet de crypto-actif initié par Facebook et basé sur une DLT (technologie de registre distribué, ou blockchain de consortium avec permissions), a été présenté en juin 2019. Sa mission : “développer une devise et une infrastructure financière mondiales simples, au service de milliards de personnes.”
Alors que son lancement était prévu au premier semestre 2020, le projet (renommé Diem) n’a toujours pas vu le jour. Selon CBNC, un pilote avec un stablecoin unique adossé au dollar américain devrait être lancé courant 2021.
Au fil de son histoire, le projet porté par une association basée en Suisse a perdu des soutiens de premier plan, notamment Visa, Mastercard, Stripe et PayPal. L’association Diem discute avec le régulateur suisse Finma de l’obtention d’une licence de système de paiement.

  •  La France a développé un cadre réglementaire plus favorable pour les crypto-actifs, avec notamment la création d’un régime des prestataires sur actifs numériques (PSAN) dans le cadre de la loi Pacte, tout en prenant des mesures d’application (en matière de KYC notamment) qui pourraient brider sa compétitivité. Par ailleurs, un projet de règlement (MiCa) est en cours d’élaboration à l’échelon européen.
  • La fiscalité applicable aux crypto-actifs reste encore complexe et imprécise, alors que la montée du cours des crypto-actifs en 2020 a incité nombre de particuliers à s’intéresser à cet univers. L’administration fiscale n’a pas encore pris position sur des opérations autres que les gains issus de la cession d’actifs numériques : staking, mining, tokens non-fongibles (NFTs), cashback des crypto-cartes, etc.

Les technologies en présence

Cryptographie : l’utilisation de technologies de cryptographie, au cœur des protocoles distribués, permet la création et l’utilisation de crypto-actifs. Des protocoles recourent à des briques de la cryptographie, comme les preuves à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proof ou ZKP), pour assurer la confidentialité des transactions.

Smart contract : étroitement lié à la Blockchain Ethereum, le smart contract ou contrat intelligent, dont la paternité revient à l’informaticien américain Nick Szabo, est défini comme un programme informatique qui “permet de déclencher des transactions conditionnelles dont l’exécution dépend de facteurs définis à l’avance via un algorithme”. Le smart contract est présenté comme un vecteur de confiance, de sécurisation et d’automatisation des transactions. Ses applications potentielles sont nombreuses : assurance, finance décentralisée (DeFi), gestion de l’identité numérique, trade finance, etc.

Qu’est-ce que la DeFi ?

La DeFi (Decentralized Finance) est définie comme “un système financier alternatif fondé sur les technologies blockchains et les cryptomonnaies, et développé en parallèle du système financier existant“. Trois caractéristiques essentielles lui sont propres : elle est nativement numérique, s’appuie sur des infrastructures décentralisées (principalement Ethereum) et n’est pas exclusif.
La DeFi présente aujourd’hui des applications variées : échange d’actifs (Curve Finance, Uniswap, SushiSwap), paiements (Polygon, Flexa, xDai), crédit (MakerDAO, Compound, Aave, InstaDApp), produits d’épargne crypto (Vesper, yearn.finance, Badger DAO), dérivés sur crypto-actifs (Synthetix, Nexus Mutual), marchés de prédiction (Augur).
Selon le site DeFi Pulse, la valeur totale bloquée dans des projets DeFi s’élève à plus de 80 milliards de dollars, contre un peu plus de 15 milliards début 2021.

Tokenisation : comme l’explique Thibaut Ingelaere, fondateur et CEO de Blockpulse, la tokenisation “consiste à émettre des actifs sous forme de jetons “tokens” sur une blockchain et à leur donner une valeur reconnue par ses utilisateurs”. Il est possible de tokeniser des actifs financiers traditionnels (security tokens), mais aussi des actifs réels (immobilier, oeuvres d’art, etc.). Cela ouvre la voie à de nouveaux mécanismes de financement et de liquidité sur les marchés non cotés.

Les chiffres clés

  • Selon le site de référence CoinMarketCap, la capitalisation totale des crypto-actifs a atteint 2 311 milliards de dollars le 3 mai 2021, soit davantage que la capitalisation boursière d’Apple.
  • Les deux principaux crypto-actifs sont Bitcoin, avec une capitalisation de plus de 1 000 milliards de dollars, et Ethereum, avec une capitalisation de plus de 400 milliards de dollars. Depuis janvier 2021, le cours du bitcoin a progressé de 94 %, celui d’Ethereum de presque 350 %, mentionne The Block
  • Selon les données de CoinShares, les actifs sous gestion dans des produits d’investissement crypto totalisent plus de 64 milliards de dollars à fin avril 2021 (dont 47 milliards pour Bitcoin et près de 14 milliards pour Ethereum). Les flux entrants s’élèvent à 5,4 milliards de dollars depuis le début de l’année. Grayscale est l’acteur numéro un avec presque 50 milliards de dollars d’actifs sous gestion.

Les organisations

  • Les plateformes de négociation

Les plateformes d’échange jouent un rôle de premier plan dans l’animation du marché en mettant en relation acheteurs et vendeurs. Parmi les principaux acteurs centralisés figurent Binance, Coinbase Pro, Kraken, Bitfinex, Poloniex ou encore Gemini. Certains acteurs montrent des intentions d’évoluer vers un modèle de banque, à l’image de Kraken, qui a obtenu une licence bancaire dans le Wyoming, ou de Paxos (stablecoin, trading, conservation) qui devrait obtenir une licence de banque nationale. Parmi les plateformes décentralisées (DEX) émergent Mdex, Uniswap, PancakeSwap ou encore Sushiswap.

  • Les wallets

De nombreuses sociétés proposent aux investisseurs d’acheter et vendre des crypto-actifs et de conserver leurs clés privés au travers d’un service de wallet (certaines gèrent parallèlement une plateforme d’échange). On peut notamment citer Coinbase, qui s’est introduite en Bourse en 2021, Bitpanda, eToro X, Trust Wallet ou encore BitPay. De nouveaux acteurs se présentent comme PayPal qui permet de régler des achats via un portefeuille crypto (après une conversion en monnaie fiat). Des fabricants proposent également des wallets matériels comme Ledger et Trezor.

  • Les établissements financiers

Si certaines ont pu accueillir avec circonspection voire hostilité les crypto-actifs, les institutions financières traditionnelles multiplient les initiatives. JPMorgan a ainsi créé un crypto-actif pour les paiements instantanés, tandis que Commerzbank s’est associée à Deutsche Börse pour faciliter les échanges d’actifs tokenisés. En France, Société Générale Forge, start-up interne du groupe bancaire, développe une plateforme pour l’émission et la gestion de crypto-actifs financiers. 

Des sociétés de gestion sont également à l’offensive. Fidelity prépare le lancement de son propre ETF bitcoin et a mis en place en 2018 une société tournée vers les services de négociation et de conservation de crypto-actifs.

  • Les régulateurs

Soucieuses de la stabilité financière et de la protection des investisseurs, les autorités de régulation sont engagées dans un mouvement d’endiguement, comme a pu l’illustrer la gestion du dossier Diem (ex-Libra). Certaines banques centrales voient néanmoins dans les crypto-actifs un moyen de garder la main en imaginant leurs propres monnaies digitales de banque centrale (MDBC). Si la Chine a déjà lancé une expérimentation à grande échelle, ces projets en sont toutefois encore majoritairement au stade de la réflexion, notamment en Europe ou aux Etats-Unis.

MDBC : la réponse des banques centrales

Une monnaie digitale de banque centrale (MDBC) est définie comme “un actif numérique émis et détruit par la seule banque centrale, s’échangeant au pair avec les billets et les réserves, disponible en permanence et dans des transactions de pair-à-pair et circulant sur des supports numériques au moins en partie différents de ceux utilisés de nos jours.” La MDBC serait ainsi une alternative liquide et sécurisée à la monnaie fiduciaire.
Deux conceptions de la MDBC coexistent : la MDBC de gros (wholesale) qui se destine aux transactions interbancaires et la MDBC de détail (retail) qui s’adresse aussi aux particuliers. La première permettrait d’effectuer des transactions de bout en bout en actifs “tokenisés” sur la blockchain, tandis que la seconde favoriserait une baisse des coûts de transaction et l’inclusion financière.
La plupart des banques centrales à travers le monde travaillent aujourd’hui sur des projets de MDBC. Si la Chine a déjà commencé des tests à grande échelle, l’Europe est encore au stade de la réflexion et envisage au plus tard dans cinq ans un éventuel euro numérique. Dans l’Hexagone, la Banque de France a engagé en 2020 des expérimentations autour d’une MDBC de gros.

Pour aller plus loin
Les acteurs à suivre
Les personnes à suivre
Les Articles à lire
Les data à consulter