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L’open banking : vers un écosystème bancaire ouvert

Le mouvement vers un écosystème bancaire ouvert s’accélère sous l’effet de la régulation. Quels sont les enjeux réglementaires et opérationnels pour les acteurs traditionnels ? Comment les banques peuvent trouver dans l’open banking de nouveaux relais de croissance ? Qui sont les nouveaux entrants qui en profitent et quelles sont leurs propositions de valeur ? mind Fintech vous rassemble toutes les ressources nécessaires pour comprendre cette tendance de fond du secteur bancaire.

Par Aude Fredouelle. Publié le 01 septembre 2020 à 15h54 - Mis à jour le 17 mai 2021 à 15h42
Synthèse

Le contexte

L’open banking désigne l’ouverture des systèmes d’information (SI) des banques et le partage des données de leurs clients (identité, données de transaction à des tiers). Cette tendance désigne donc également le mouvement vers un système bancaire “ouvert” dans lequel de multiples acteurs (banques, établissements de paiement, éditeurs technologiques…) partagent des données et intègrent les services des uns et des autres dans leurs propres interfaces. Au coeur de l’open banking réside l’APIsation des systèmes d’information, c’est-à-dire l’évolution vers des APIs permettant d’intégrer et d’être intégré par des services tiers. 

L’open banking est poussé en Europe par la réglementation. La DSP2, seconde directive européenne sur les services de paiement, impose depuis septembre 2019 aux banques européennes de donner accès aux données de transaction de paiement aux acteurs tiers agréés : services d’information sur les comptes (AISP) et services d’initiation de paiement (PISP). Une première étape d’ouverture qui pousse les banques à réfléchir à une stratégie plus globale d’open banking.

Les enjeux

  • La mise en conformité avec la DSP2

Les détails techniques de mise en conformité avec la DSP2 ont fait l’objet d’interminables débats, même après la publication des RTS (standards techniques) par l’Autorité bancaire européenne en mars 2018. Les désaccords entre banques et TPPs (Third Party Providers) se sont notamment cristallisés autour du parcours d’authentification et de sa fluidité, ainsi que des informations devant être transmises aux acteurs tiers.

Le 14 septembre 2019, date à laquelle la DSP2 est entrée en vigueur, le marché n’était pas encore prêt (lire le bilan tiré par Romain Bignon, CEO de Budget Insight, trois mois plus tard). Depuis, les APIs ont progressivement été publiées par les banques mais des problèmes de fluidité entâchent les parcours client des TPPs (lire notre interview de Romain Bignon et Bertrand Jeannet, de Budget Insight : “Seuls 30 à 40 % des utilisateurs des TPP renouvellent l’authentification forte tous les 90 jours”). 

  • La concurrence de nouveaux entrants

La DSP2 vient régulariser l’existence des agrégateurs de comptes Bankin’, Linxo, Budget Insight ou encore Tink, arrivé plus récemment sur le marché, qui opèrent à la fois en BtoC et en marque blanche. En proposant une nouvelle interface d’accès aux comptes et la possibilité d’effectuer des virements internes, ils présentent un danger de désintermédiation pour les banques traditionnelles, qui se sont elles-mêmes dotées d’agrégateurs de comptes externes (développés en interne ou passant par des partenaires) pour y remédier. 

Les agrégateurs français indépendants ont progressivement fait entrer à leur capital des établissements traditionnels : Budget Insight racheté par Arkéa, Bankin’ ouvrant son capital au groupe Casino et enfin Linxo racheté par le Crédit Agricole. Mais des acteurs indépendants étrangers, comme Tink ou Plaid, demeurent.

  • Le développement de nouveaux services basés sur la donnée bancaire

Surtout, l’ouverture de l’accès aux données bancaires permet à de nouveaux services et outils de voir le jour. De nouveaux entrants se positionnent sur ces créneaux, et les acteurs traditionnels essaient de les imiter pour tirer parti de la DSP2.

  • Dans le domaine du marketing et de la fidélisation

Les données de transactions étant désormais accessibles à tous les acteurs passant par un agrégateur agréé, leur analyse à des fins marketing émerge. De nouveaux entrants ainsi que des acteurs historiques du couponing en profitent pour lancer des programmes de fidélité et de cashback, à l’image de Joko, Paylead (en tant que prestataire), Poulpeo, Capital Koala, Plebicom, Keetiz ou Smartpush. Les banques se penchent aussi sur le sujet, comme BNP Paribas Personal Finance avec son offre Cpay – d’autres, comme LCL ou Société Générale, préfèrent passer par le flux monétique.
Lire le dossier de mind Fintech à ce sujet.

  • Dans le domaine du scoring de crédit

L’accès aux données ouvre également la voie à de nouvelles possibilités dans le domaine du scoring de crédit et de la vérification d’identité. La fintech Younited Credit exploite ce levier de l’agrégation des donnés bancaires grâce à l’open banking, à la fois en BtoC et en marque blanche, et des acteurs traditionnels du crédit, comme Franfinance, ont engagé des initiatives. Les agrégateurs de la place comptent aussi occuper le terrain. Bankin’ (via son entité BtoB Bridge) s’est allié en 2019 à Experian et Tink a racheté la solution de scoring suédoise Instantor en juillet 2020.

Lire le dossier de mind Fintech à ce sujet.

  • Banking-as-a-Platform et Banking-as-a-Service

La DSP2 ouvre une réflexion plus large sur l’ouverture des systèmes bancaires. La réflexion sur l’open banking des établissements bancaires porte sur deux axes. 

D’abord, le Banking-as-a-Platform, c’est à dire l’intégration de produits et de services tiers (technologiques, financiers ou extra-financiers) destinés à améliorer leur offre. Cette stratégie a été adoptée par plusieurs challengers, dont N26 et Starling Bank. Du côté des acteurs traditionnels français, le Crédit du Nord a par exemple défini une stratégie de Bank-as-a-Platform autour de 23 univers de services (lire l’interview de l’ancien directeur du marketing et de l’innovation, Gerald Manzanares, sur le sujet).

Ensuite, les banques entament des réflexions sur le Banking-as-a-Service, c’est-à-dire la mise à disposition de leur infrastructure et de leurs services aux autres acteurs de l’écosystème. Dans le domaine des comptes bancaires et de paiement, Natixis s’est lancée avec son offre Xpollens. En parallèle, de nouveaux acteurs se pressent sur le créneau : Treezor (racheté par Société Générale), Swan (du start-up studio eFounders), SolarisBank, Bankable… Des initiatives qui ne sont pas toutes couronnées de succès, à l’image de Ditto Services qui s’était positionnée sur le Credit-as-a-Service, et dont l’élan a été brisé net mi-2020. De son côté, Budget Insight travaille sur une offre packagée de Credit-as-a-Service avec un ou plusieurs partenaires pour le scoring (comme Experian, Algoan ou Younited Credit)

En parallèle, de nombreux prestataires se positionnent sur le sujet, en proposant leur aide aux établissements traditionnels pour “APIser” leurs systèmes, se mettre en conformité avec la DSP2 puis prendre le chemin du Banking-as-a-Platform en construisant de nouveaux produits et services avec des partenaires. C’est par exemple le cas de Sopra Banking, de Finastra ou de nouveaux acteurs comme Token.io.

Les chiffres clés

  • Investissements liés à la DSP2

Selon une étude publiée par la plateforme d’open banking Tink le 27 mai 2020, les banques accroissent leurs investissements dans l’open banking. 63% déclarent que les budgets ont augmenté de 20 à 29% en 2020 par rapport à 2019. 50% des institutions financières estiment qu’il faudra moins de quatre ans pour atteindre un retour sur investissement (la proportion monte à 55% en France) et 69% en moins de cinq ans.

  • Cas d’usage de l’open banking

Une seconde étude de Tink publiée en septembre 2020 décrypte les cas d’usage sur lesquels les banques investissent le plus. 41% des institutions privilégient les services d’identité numérique, 41% l’automatisation des processus KYC et 37% le contrôle des transactions. Viennent ensuite des cas d’usage liés à l’amélioration de l’expérience client : les services de gestion financière (36% des sondés), l’automatisation des processus d’intégration client (35%), et les applications multi-bancaires (33%). Les sondés français se distinguent cependant de la moyenne européenne : le premier cas d’usage cité par 38,7% des répondants est celui du scoring de risque.

  • Catalogues d’APIs des banques françaises

Les catalogues d’APIs des banques françaises sont en tout cas encore peu fournis. Selon une étude réalisée par KPMG en juillet 2020, près de 50% des banques françaises se contentent de 2 ou 3 API dédiées à la mise en conformité à la DSP2. Les 50% restants se répartissent de manière équitable entre les catégories “compete” (mise en oeuvre d’une stratégie défensive pour répondre aux nouveaux entrants et au risque de désintermédiation)  et “innovate” (l’open banking est un moyen de ré-aligner un modèle opérationnel et des ressources technologiques).

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